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Le Village
Série : Ils sont nos « indiens » 5. Claude Tournillon, un gardien pour la ferme du Manet Claude Tournillon, né en 1921 et originaire d’Enghien-les-Bains, est arrivé à Montigny en 1942 pour apprendre le métier de la terre à la Ferme du Manet. Il y aura fait sa vie avec Christiane. Claude veut volontiers parler dans nos colonnes, à condition que soit bien exprimé dans l’interview tout ce qu’il a à dire, y compris dans les nuances. D’ailleurs, il a préparé son texte de deux pages à nos bons soins. « Vous comprenez, tout se tient, mais tout doit être ensemble ! ». C’est que Claude, même s’il est arrivé à Montigny la vingtaine juste sonnée, est depuis lors un observateur intransigeant de «son» Montigny.C’est d’ailleurs bien logique pour celui qui fut conseiller municipal de la ville le temps de trois mandats de 1958 à 1976. Lui qui, amoureux de la nature, est arrivé en 1942 à la Ferme du Manet avec un contrat d’apprenti agricole, pour apprendre «le métier de la terre» sous l’autorité de Marcel Renard, a vu comme une brisure l’arrivée de la ville nouvelle. Et c’est d’abord ça qu’il veut pouvoir exprimer. Il a d’ailleurs compilé au fil des années les documents, les archives de nombreuses parutions sur le sujet. « J’ai vécu de façon très dure cette période de disparition des terres agricoles. Il m’a même fallu un certain temps pour arriver à digérer que tout ait été détruit de ce que vous aviez et que vous aimiez avant». Employé à la Ferme du Manet de 1942 à 1946 ![]() Lorsque Claude débarque à la Ferme du Manet en 1942, il est un jeune homme de 21 ans, trop jeune pour être mobilisé. Il arrive avec un contrat d’apprenti agricole signé par le gestionnaire de la ferme Marcel Renard, en remplacement du stagiaire du moment qui lui a été appelé sous les drapeaux.Fils d’une famille de 10 enfants, dont le père travaille dans les assurances, il s’est découvert la passion et la vocation du travail de la terre. En 1946, le retour du stagiaire titulaire sonne pourtant le glas de son contrat. Entretemps, il a rencontré Christiane, fille d’un ouvrier agricole de la ferme venu de Pologne, qui est devenue sa femme. Suivent alors une dizaine d’années en Normandie et en Auvergne dans la gestion d’exploitation agricole, et les naissances de leurs deux filles puis de leurs deux fils. Sur les conseils de Pierre Renard, le fils de Marcel qui a pris la suite à la Ferme du Manet, le couple revient à Montigny et la vie professionnelle de Claude bifurque vers un emploi de bureau, lui aussi au sein d’une compagnie d’assurance. Il y accomplira sa carrière, à Paris puis à Marly-le-Roi, s’initiant très tôt aux arcanes de l’informatique, jusqu’à l’heure de la retraite en 1981. L’homme de paroisse et l’élu municipal Voici résumé en peu de mots un parcours de vie dont Claude pourrait sûrement multiplier les anecdotes. Mais dans les deux pages de son texte, c’est un autre fait qui remue les tripes de cet ancien travailleur de la Ferme du Manet.« Je suis formel parce que j’y ai suffisamment travaillé la fourche à la main, les écuries et la bergerie ont été inversées lorsqu’ont été dénommés les corps de bâtiments à la réhabilitation du site ». Cette souplesse avec la véracité historique, Claude ne peut toujours pas la pardonner. Il faut vite changer de sujet pour mesurer l’épaisseur de souvenirs qui, dans la bouche de Claude, disent aussi sur la mémoire de la ville. La mémoire des années de guerre, dont la dureté est atténuée avec les ressources de la ferme. La mémoire des responsabilités à la paroisse, «notamment l’organisation de la première kermesse du village en 1958», et les responsabilités administratives à assumer de 1972 à 1996, jusqu’à l’arrêt «à l’âge canonique où arrêtent les prêtres». C laude garde aussi le souvenir de trois mandats d’élu municipal sous l’autorité du maire Pierre Renard, mais c’était avant que la grande marche de la ville nouvelle ne lui retire le paysage de nature qu’il avait caressé en s’installant dans ce petit village francilien à l’écart de la RN 10. Aujourd’hui, les quatre-vingt dix printemps arrivant, l’homme de la terre a troqué son jardin potager contre un jardin d’agrément, où il continue de ne pas ménager sa peine. Au coeur du Village, son jardin tiré au cordeau fleure bon telle une oasis accueillante et protectrice. Le contemplatif de la nature qu’il est, qui avait choisi par vocation de travailler la terre, n’aura finalement jamais cessé de s’épanouir à son contact en cultivant un jardin plein de valeurs.
Le Manet
Série : ils sont nos « indiens » 4. Armand Thépault, un villageois dans la ville C’est un petit bond dans le temps que nous propose notre série ce mois-ci, à la rencontre d’Armand Thépault, dont le témoignage fait le lien entre le Montigny d’après-guerre, les années 60 et la période précédant l’éclosion de la ville nouvelle. Le ton franc, direct et un rien bourru, les cheveux longs poivre et sel posés à la diable sur le crâne, Armand colle bien à notre qualificatif d’indien, qui désigne les rares habitants encore à Montigny qui y ont vu le jour.Par rapport à Monique, Michel, Henriette et Thérèse que nous avons déjà rencontrés (voir nos éditions précédentes), Armand Thépault incarne une génération suivante. Il n’a pas connu les affres de la guerre 39-45, les bombardements de 1944, ou même la pleine période d’exploitation de la ferme du Manet. A 56 ans, il est encore en activité professionnelle même si, en ayant commencé à travailler dès 14 ans, il aspire à une retraite prochaine. Perrier qui fait pschitt… Le parcours de vie d’Armand s’est inscrit exclusivement à Montigny.En 1954, il naît à domicile dans les dépendances du château, l’actuel siège de l’agglomération, qui abritera des familles à la suite de la guerre jusqu’au début des années 60. « Nous y habitions à 5 ou 6 familles. J’ai le souvenir d’un lieu génial pour les enfants. Un grand parc devant notre porte, le bois, les serres qui existaient alors près du château ». Armand à neuf frères et sœurs. Son père Armand, maçon de son état, meurt alors qu’il n’a que neuf ans. Marguerite sa mère, versaillaise d’origine, travaille alors pour la ferme du Manet. Quittant le château, la famille s’installe dans la rue de la mairie-école, au cœur du village. L’école est face à la porte, Armand est aux premières loges pour sa scolarité. Il devient boucher, métier qu’il exerce quelques années avant de rendre son tablier au début des années 70 pour entrer chez Perrier, l’usine d’embouteillage ouverte une dizaine d’années plus tôt à Montigny. C’est à cette époque l’usine de la commune, l’unique activité industrielle qui fait le contrepoint de la tradition agricole déclinante du village. Armand va y rester 19 ans, mettre en bouteille du Perrier, mais aussi du Pepsi, du Fruité, du Pschitt, du Schweppes. L’usine se situait sur l’espace désormais urbanisé entre le Club le Village et la place des Nymphes.«C’était une bonne période, jusqu’au moment où Perrier a vendu l’usine au groupe Cadbury-Schweppes. Le début de la fin…». Pendant ces années, Armand alors célibataire, achète la maisonnette au 56, avenue du Manet, où sa mère a vécu quelques années, à l’angle du chemin des Mulets. C’est l’époque où il rencontre et épouse Chantal, originaire de Trappes. Kevin et Anthony naissent respectivement en 1982 et 1984. L’embouteillage commence donc à sentir le bouchon… Un plan de licenciement à l’usine Cadbury-Schweppes font fondre les effectifs. De 250 employés du temps de Perrier, l’usine perdra la moitié de son effectif avant de fermer à la fin des années 80. Pendant un an, les employés vont à l’usine sans activité. «C’était une drôle de période, on allait occuper les lieux et nous battre contre une fermeture annoncée». Finalement, Armand et ses collègues sont licenciés. Il a 35 ans. Quelques années plus tard, après une série de petits boulots, il entre en 1993 en tant que magasinier, théoriquement pour un remplacement de quelques jours, à l’hôpital Denis Forrestier de la MGEN à la Verrière. Il y travaille encore aujourd’hui et s’y trouve bien. Les pionniers de la maison des Jeunes Depuis, la vie s’écoule tranquillement à Montigny pour Armand et Chantal, devenus grands-parents.Comme Michel et Henriette Sanson leurs voisins, ils ont vu peu à peu les constructions barrer l’horizon des champs autour de chez eux. Leurs sentiments sont un peu les mêmes, ce stationnement si compliqué avec la proximité du collège et de la Ferme du Manet, les rapports distanciés avec les voisins. «On se dit bonjour-bonsoir, puis c’est un peu chacun chez soi». Les souvenirs de convivialité ressurgissent mieux à l’évocation du temps jadis. L’enfance d’Armand, ce sont les baignades, mêmes interdites, dans les nombreux étangs qui balisaient les abords du village. C’est aussi la création de la maison des Jeunes aux Quatre Pavés (le bâtiment accueille maintenant des associations), «que nous avions construit nous-mêmes avec les hommes du village et où les jeunes se réunissaient, organisaient des boums, des pique-niques». Ils ont beau être voisins, Armand et Chantal ne vont que rarement à la Ferme du Manet. Une balade avec le petit-fils dans le bois, « où entre poussettes et vélos, c’est devenu plutôt les Champs Elysées le week-end », le passage annuel au Marché de Noël. Bon an, mal an, ils mènent toujours une vie de villageois, tournée vers le grand potager et les barbecues entre copains, la passion d’Armand qui a sûrement à voir avec son premier métier de boucher. Le Village Série : ils sont nos «indiens» 3. Thérèse Trubert, toute une vie et six enfants à Montigny Troisième rencontre de notre série à la rencontre des quelques Ignymontains de pure souche. Thérèse Trubert est de ceux-là, née avant-guerre dans la petite maison familiale de la rue Mazière. Pour Thérèse Trubert, née avant guerre dans la maisonnette familiale de la rue Mazière, le temps béni de l’enfance n’a pas vraiment été un chemin tapi de roses.C’est pourtant avec la vivacité d’esprit propre aux belles émotions qu’elle se remémore ces années de jeunesse émaillées de douloureux coups du destin. C’est à Montigny que Thérèse a fait toute sa vie, qui débute par une première rupture, la mort à 37 ans de son père René alors qu’elle a deux ans. Gabrielle sa mère se retrouve seule avec ses trois filles lorsque la seconde guerre mondiale éclate. Les blessures des bombardements C’est encore un vent mauvais qui s’annonce lorsque les bombardements américains sur la gare de triage de Trappes détruisent totalement en 1944 la maison rue Mazière. La famille s’installe tout d’abord pour quelques mois dans le pavillon de chasse de la ferme du Manet, aujourd’hui le siège du poney-club, que ses grands-parents occupent au titre des fonctions de garde-chasse du domaine qu’occupe son grand-père. «Nous avons ensuite été relogés avec d’autres réfugiés dans le château du Manet, propriété de la famille Gastaldi, notaires parisiens, réquisitionné jusqu’en 1959». C’est à cette époque que Thérèse rencontre François, horticulteur de Viroflay, et que le couple acquiert en 1963 le pavillon de la rue de la République où il réside toujours aujourd’hui. L’an dernier, le couple a fêté ses noces d’or autour d’une bonne table à l’auberge du Manet et au milieu de ses six enfants (5 filles et un garçon, dont 3 nés à domicile Montigny), et ses sept petits enfants. Les bonbons de l’épicerie-bar du Village ![]() Thérèse est donc de ceux qui ont été acteurs du Montigny villageois, avant de voir la ville nouvelle se construire sous leurs fenêtres, bouchant l’horizon des prés et des champs par les résidences des nouveaux quartiers. «Je regrette toujours un peu le vieux Montigny, même si la vie y était sans doute mois commode que maintenant. Nous n’avions pas beaucoup de commerces, pas de médecin. Pourtant, ce dont je me souviens ce sont les bonbons que je m’achetais en sortant de l’école, quand j’avais un peu d’argent de poche, à l’épicerie-bar de la place du village». Chaque après-midi, en bons marcheurs qu’ils sont, Thérèse et François s’en vont arpenter le Montigny moderne. «ça a quand même changé un peu trop», ose Thérèse.C’est vrai que l’épicerie, et même la place du Village ont disparu depuis belle lurette... Le Village Série : ils sont nos «indiens» 2. Henriette et Michel Sanson, mémoires du Manet originel Deuxième rencontre dans la série entamée le mois dernier, à la rencontre des quelques Ignymontains qui voient Montigny un peu différemment, ceux qui y ont fait leur vie et y sont nés, nos «indiens» à nous. Henriette et Michel Sanson sont de ceux-là. Leurs souvenirs nous ramènent à leur enfance pendant les années d’après-guerre, lorsque la ferme du Manet était encore en activité. Rencontrer Henriette et Michel Sanson, c'est déjà une occasion en or de dévoiler un peu de la vie à la ferme du Manet, à l'époque où elle était encore en exploitation. Une époque où 300 ha de prés et de champs cernaient la ferme, sans constructions ni résidences, où à l’horizon face aux maisons de l’avenue du Manet se dessinaient les immeubles de Trappes. Dans le couple, qui réside dans la maison familiale de Michel, c'est Henriette qui peut afficher un état-civil à 100% ignymontain. Elle est née tout près, au 46, dans la maison familiale où ses parents originaires de Crêpières étaient arrivés jeune couple et ont fait leur vie. Michel Sanson est arrivé à 5 ans, au 44 juste à côté, parce que ses parents normands exilés dans les Ardennes venaient sur les conseils d’un ami y chercher du travail à la ferme du Manet. Sa mère sera embauchée comme cuisinière, son père comme charretier. Henriette et Michel ont donc grandi côte à côte, ont fait leur communion le même jour et se sont donc mariés le 11 août en 1962, lorsque Michel est revenu de la guerre d’Algérie. Depuis, lui dans la menuiserie, elle couturière à la maison, ils ont devenus peu à peu les derniers habitants originaires de cette avenue du Manet dont l’issue mène droit à la ferme du même nom. Après l’arrivée avec fracas de la ville nouvelle qui a peu à peu bouché leur horizon devant leurs fenêtres, ils sont devenus aussi les derniers des mohicans d’un lieu et d’un jardin secret de souvenirs qui racontent l’histoire d’une vie simple à la ferme, au rythme imposé des saisons.« On nous a meurtri Montigny ! » « Ils ont violé notre village», s’emporte un Michel plus passionné qu’atrabilaire, sous le regard plus placide mais complice d’Henriette. Dans la famille, c’est assurément Michel qui proclame haut et fort, et Henriette qui tempère. C’est lui le gardien en chef d’un patrimoine de mémoire qui à ses yeux s’est évanoui sous les coups de boutoir des tractopelles de la ville. «On nous a meurtri Montigny ». Dans le registre, Michel en a des tonnes en réserve. Ce Ricardo Bofill qui aurait quand même pu choisir la meulière pour ses Arcades du Lac, la fontaine disparue à l’ombre de l’église, le transfert du monument aux Morts, jusqu’à l’inversion de la bergerie et de l’écurie dans la ferme du Manet réhabilitée. A vrai dire, peu de choses échappent au réquisitoire dans la création de la ville nouvelle. De soixante à... trois ouvriers à la Ferme du Manet De cette vie d’antan que Michel et Henriette aiment à se rappeler jusqu’à la gourmandise, il reste les bribes de leur propre jardin potager, où le clapier avoisine encore un poulailler sonore, où le couple continue de s’appliquer à produire. «On tuait le cochon aussi», à cette époque où Montigny comptait 300 habitants et où tout le monde se connaissait peu ou prou. Pour tous les deux, habitants dans la zone de gravité de la ferme du Manet, rejoindre le village pour aller à l’école où pour grimper sur le portique du Pré Saint-Martin, le square de l’époque, c’était déjà «aller à Montigny». «Dans les années 50, la ferme du Manet étendait ses champs de la Mare-Caillon au Manet, des confins de Trappes jusquà la Sourderie. Les 300 ha produisaient du blé, de l’avoine, un peu d’orge, des betteraves, des pommes de terre. 300 moutons cohabitaient avec 60 vaches.. et aussi une soixantaine d’employés, dont ses parents et une proportion importante de polonais. «A 14 ans, je faisais les moissons à l’ancienne avec mon père, le dimanche j’allais avec lui soigner les chevaux. On braconnait un peu à l’occasion dans le bois derrière la ferme, qui était une propriété privée indépendante de la ferme et où les gardes-chasse ne rigolaient pas». Michel a vu peu à peu la mécanisation réduire l’effectif des ouvriers. Avant l’arrêt de l’exploitation dans les années 70, lorsque l’Etat a exproprié les fermiers pour préempter les terrains visant à ériger la ville nouvelle, ils n’étaient plus que deux avec le père de Michel pour exploiter la ferme du Manet sous la houlette de Pierre Renard, le patron qui était aussi le maire de Montigny. Les parents de Michel ont alors terminé leur carrière professionnelle comme concierge à Trappes. Les douleurs des drames passés Derrière ces souvenirs parfumés à la nostalgie se terrent aussi les épreuves de vie qu’Henriette et Michel n’évoquent qu’à rebours. Ces drames qu’on ne saurait effacer ni même vouloir guérir. En 1977 puis en 1985, deux drames de la route ont fauché les vies de leurs deux fils adolescents à Guyancourt et sur le CV 7. Les blessures brûlent et brûleront toujours, avivées d’une part par une décision de justice dont la mansuétude interpelle, et d’autre part par le fait que l’un des chauffards n’a jamais été identifié. Dans ce registre de douleur, Henriette a payé un tribut plus lourd encore en perdant sa mère et l’un de ses frères dans d’autres accidents de la route. Douloureux ou souriants, il y aurait à coup sûr un livre à écrire des anecdotes d’Henriette et Michel qui gravent la culture mémorielle et patrimoniale du Montigny d’antan. Des souvenirs que portent en partage nos natifs du village, dont nous poursuivrons la rencontre le mois prochain. Le Village Série : ils sont nos « indiens » 1. Monique Gateau, fille de Jeannette et Paul Jean Nous entamons dans cette édition une série de rencontres avec ceux que nous qualifions affectueusement d’«indiens» de Montigny. Ils ont connu le Montigny d’antan, celui d’avant la ville et la vie nouvelle. Ils sont même parfois nés ici et peuvent porter un regard en arrière sur ce que fut la vie de ce petit village francilien voué essentiellement à l’agriculture. Ce n’est pas un hasard si Monique Gateau lance cette série de rencontres.Lorsqu’elle épouse René en 1959, la fille de Jeannette et de Paul Jean quitte la ferme familiale occupée depuis cinq générations dans la rue de la République. Et lorsque le jeune couple revient sur ses terres quelques années plus tard, à l’aube du grand chantier saint-quentinois de trente ans, René et Monique font construire leur maison... dans la rue de la République. Pour cette raison et pour d’autres, elle incarne parfaitement ces «historiques» de Montigny, dont les générations d’ascendants ont façonné la vie sociale et la petite histoire du village. Avec les anecdotes en prime... « Le souvenir de maman jouant de l'orgue à l'église » Le travail de quelques historiens sur les quelques documents tenus au fil des siècles par les curés, les maires (qui furent parfois dans la double fonction) ou les instituteurs ne livre qu’une vision éparse de l’histoire du village de Montigny-le-Bretonneux.A l'ombre du château de Versailles où les petites histoires ne rejoignent pas forcément la grande, on n'a pas compilé scrupuleusement le reflet des siècles de ces villages paysans. L’histoire contemporaine, qu’on pourrait faire débuter avec le 20e siècle, peut quant à elle encore reposer sur des témoignages comme ceux de Monique Gateau. Ce sont même des témoignages de première main, puisés dans un vécu à peine magnifié par l’éclat des souvenirs. Ceux de Monique ont comme décor principal la ferme Vidalon (20 ha), du nom de sa famille maternelle qui possédait l’exploitation avant que ses parents Jeannette et Paul Jean ne prennent la succession de son grand-père. Montigny comptait alors quelques fermes familiales à l’ombre de la grande ferme du Manet (350 ha) qui employait l’essentiel des hommes sous la direction de Marcel puis Pierre Renard. Puis sont arrivés les cheminots de la gare de triage de Trappes en guise de mixité sociale, avant que ne débarquent plus tard les Ignymontains de la ville nouvelle qui ont ouvert la page urbaine du territoire. Née en 1939, Monique garde des images de la vie à la ferme après-guerre, des moutons qu’elle faisait paître vers la route de Voisins, de M. et Mme Audinet, couple d’instituteurs de l’école pendant 27 ans, des sorties dominicales à l’étang de Saint-Quentin « pour aller voir les pêcheurs», de «maman qui jouait de l’orgue à l’église ». Jeanne, qui préférait qu’on dise Jeannette, dont le rôle social lui a valu de donner son nom au joli parc du coeur du Village avec Paul son mari fermier et conseiller municipal avec le maire Pierre Renard. ![]() « La route de Trappes créait une rupture entre le village d'un côté et le hameau du Manet vers la grande ferme de l'autre. » Pendant son enfance a u sortir de la guerre 39-45, le château appartenant à la famille Gastaldi, que les forces allemandes avaient occupé, n'était plus habité. Puis en 1965, l'éclosion du lotissement de Simmontigny autour du village historique a sonné comme une étape initiale avant le basculement définitif vers l'urbanité. Monique et René avaient déjà fait leur mue en partant s'installer à Montrouge après leur mariage. Car Monique, fille de fermiers, a fait tout son parcours professionnel à Air Inter dans Paris intramuros. Et c'est donc déjà en urbains qu'ils sont revenus rue de la République en 1971. Au conseil municipal, son père Paul suivait alors l'esquisse du grand projet urbain qui allait peu à peu exproprier les fermiers de leurs terres agricoles et changer le visage de Montigny. Télécharger les différentes séries au format pdf Télécharger la série 1. Monique Gateau, fille de Jeannette et Paul Jean Télécharger la série 2. Henriette et Michel Sanson, mémoires du Manet originel Télécharger la série 3. Thérèse Trubert, toute une vie et six enfants à Montigny |
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